Lundi 2 janvier 2012
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18:30
J’ai l’espoir encore, ténu, que tout ceci aies un sens. Il y aurait
bien des peines à voir les pessimistes avoir raison. Et pourtant tout porte à croire à l’irrémédiable emprise du divin chaos géométrique. Alors, évidemment, à l’initiative de cet enchevêtrement
de cause à effet, il y avait bien une pulsation divine. Mais ce divin, bien loti, ne se vexe de quelconque intérêt pour une création malencontreuse. Il s’en fout. Aussi bien que de
l’anthropomorphisme dont on l’affuble. Bien mal nous en a pris !
Il y a donc, comme une violente colère innée, un élan qui nous
pousse à nous perfectionner. Mais cette ultime trace du divin en nous n’est que là pour incrémenter le temps. Et le temps qui dure.
Voilà pourquoi je me rassure en son sein. Je me cantonne à exister
pour moi-même et pour certains autres, qui subsistent, dans mon cœur… Mais la terrible déconvenue découverte ici-bas me terrifie. Il y a de quoi se poser des questions, non ?
Mais l’éternel recommencement m’amuse bien. Il me plait de renaître
au cours des temps, transposé inopinément dans la conscience partagée par quelques-uns. Vivre à des époques pour passer le temps. Chercher à reconquérir l’unité regrettée en s’associant ou par
l’amour. S’associer dans de grands mouvements interhumains, voilà bien le grand vice de ce bas morceau de viande.
Imaginons un instant la terre recouverte d’un nombre limité de
jeunes hommes vaillants. La peine engrangée par l’amenuisement de la part de l’unité brisée qui revient à chacun est fortement allégée. La conscience totale s’en retrouve filtrée de ces
réservoirs stagnants que sont les vieillards. Et la vie peut redéployer tout son art et sa voluptueuse facilité à prodiguer du bonheur. Voilà une de gagnée !
Les dernières bribes de conscience traumatisée par l’âge ont été
reconduites dans de chairs toutes neuves. Et les morceaux plus rares s’en retrouvent gonflés d’une vigueur bienvenue.
Il y aurait donc tout à gagner à organiser cet abandon des corps vieillissants pour rejoindre l’épopée majestueuse des premières années de
joies.
Arrêtons de maudire le temps qui passe. Au lieu de regarder les
vies qui s’enchaînent, les morts qui rythment la défaillance des molécules mises en jeu. Réjouissons-nous de mourir pour renaître ici-bas, partagé dans autant de jeunes enfants que
l’accroissement de la vie à su jouer.
Mourir est la plus belle chose que la vie enfin nous offre : le pouvoir de rejouer à l’innocence.