Aussi, disposé à
l’extrémité de la branche maîtresse de déploiement de l’objet chaotique, incarné par les six milliards d’entendement actuellement et directement actifs, c’est un nœud qui se formera petit à petit
pour changer l’axe de déploiement de cet objet.
Ce nœud puisera sa propre
possibilité d’apparaître, ainsi fait, dans les cognitions qui auront reconnu comme valide l’intégralité des préceptes, dorénavant apportés par l’apprentissage de l’ouverture de pensée évoqué par
cet ouvrage.
Voilà bien le ton
prétentieux de celui qui s’imagine posséder les clefs de la somptueuse digue, renfermant en ses murs les flots merveilleusement illusoires du bonheur absolu !
Et si c’est bien là le fait
d’un être illuminé par la croyance en le sens de la vie, cela ne vaut-il pas le coup de se martyriser un tant soit peu l’entendement pour permettre à ses merveilleuses prévisions d’avoir enfin
lieu ici-bas ?
Se pourrait-il que cela soit d’ailleurs là le fait d’un prophète emblématique d’une fabuleuse aura…
D’accord.
Je m’emporte encore, encore
un tant soit peu.
Mais comprenez-moi bien, je
tiens là la substance probante de toutes ces années de recherche, la substance insidieuse qui corrompt à jamais toutes les opinions enfermées dans les dédales d’une prévisibilité à court
terme…
Si un jour, quelques hommes
seulement pouvaient avoir l’honnêteté de se reconnaître à la place véritable qu’ils occupent dans l’Etre, ils auront fait un grand pas en direction de la singulière, mais absolument honnête,
approche du monde que je leur propose.
L’approche révélée de la
sublime position inadéquate, en ces temps mémoriaux, de l’homme et de ses atours…
Enfin, il est clair qu’en
ce jour commémoratif de près de deux milles ans d’illusions contenues, les constructions morales ne sont plus suffisantes pour voiler aux vues des entendements perfectionnés la sublime et
monstrueuse vérité de leur existence.
Alors, petit à petit, un
concept s’étale outrageusement devant les pupilles traumatisées de nos regards transposés dans la réalité évidente. L’homme n’est rien de plus que l’aboutissement hasardeux du déploiement
intempestif de cet objet chaotique, dont le fonctionnement intime nous sera, semble-t-il, à jamais étranger. L’homme n’est rien de plus qu’un effet du hasardeux entrelacement de force qui
provoque l’agitation dans la matière.
Mais alors, que faire
d’autre si ce n’est chercher imperturbablement à faire surgir l’apparition d’un heur opportun et adéquat à son être propre ? Quelle autre raison peut-elle nous amener à vouloir par-dessus
tout notre propre survivance ?
Il y a, lorsque se
présentent posément à notre processus cognitif ces faits crus mais indéniables, une vue de l’Etre qui se déploie en souverain sur l’étendue de nos convictions : nulle gravité ne peut trouver
justification dans les faits d’essence exclusivement matérielle et réelle. Pour sûr !
Cela conduit
irrémédiablement l’être humain honnête et raisonnable à se détacher sensiblement. Détachement qu’il inscrit dans ses réactions face aux sensations incontrôlables, apparus tels quels sur la base
d’une sensibilité au chaos.
Ce nouveau pouvoir, ce
détachement bienfaisant, est l’une des bases à partir desquelles le bonheur absolu et entier risque enfin de paraître.
Si bien que ces errements,
ces incitations au détachement de l’être humain par rapport à son environnement immédiat, sont les seuls bons outils utilisables par ce misérable mais fabuleux amas de matière ordonnée, pour
parfaire l’élagage du chemin tortueux qui le mène sûrement vers un indicible bonheur.
L’homme demain, absolument
et honnêtement conscient, le prétendant Surhomme, sera ainsi le manipulateur d’une intense et radieuse ironie vis à vis de sa terrifiante condition.
Il n’en sera que plus apte
à rechercher, pour l’entretenir, le germe de sa pure jouissance de sa condition d’arrachement, arrachement d’un tout inexorable, arrachement d’un tout sublime, sublime par l’absence dans sa
définition d’un ultime concept d’aboutissement dans la perfection.
Prétendre à la Surhumanité,
prétendre à la clairvoyance de sa propre condition, sera pour l’homme à venir la chance et le moyen de parvenir sans encombre à un état où il connaîtra l’élévation durable de tout son être vers
un pallier imaginaire mais arbitrairement fixé, le Surhomme.
Il éprouvera dés lors, du
fait de cette élévation, les tourments hautement profitables d’une ivresse génératrice d’heureuses sensations.
Il connaîtra un bonheur,
dont la merveilleuse définition feindra carrément de recouvrir celle de la perfection prétendument arrêtée.
Que de nouveaux concepts,
plus compliqués et farfelus les uns que les autres !
C’est bien là le problème
que je rencontre à la première lecture de L’homme abstrait. La sphère qui peut représenter le système original développé en ces pages ne présente
aucune aspérité qui permettrait de s’y glisser posément.
Mais il faut bien commencer
par un bout !
Dés lors que je répugne à
tenter de vous faire la description géométrique et ordonnée des rouages inhérents à ce système novateur, par où débuter, en fait ? Plutôt que cela, j’aspire à vous offrir cette vue originale
de l’Etre par la juxtaposition d’impressions fugaces, de considérations dont l’originalité prête déjà au concept développé un certain intérêt particulier.
Je vous propose, plus
qu’une étude raisonnable du système découvert ici-bas, une flânerie à la frontière des illusions officielles, qui évidemment prônent, à l’opposé de cet ouvrage, l’encagement de la raison humaine
dans les dédales d’accès épars à une jouissance convenue.
Je suis dorénavant près à
admettre qu’un tel système n’est pas d’un accès aisé, surtout pour ceux chez qui l’attachement à un système officiel a fait fuir toutes considérations honnêtes visant à impliquer une
reconnaissance vraie de sa propre condition.
Non, il n’est pas facile de
reconnaître, objectivement, l’erreur sur laquelle nous avons bâtit l’échafaudage structurel, maintenant la vie à distance suffisante du gouffre métaphysique qui nous contient tous. Sublime
considération absurde !
Mais j’ose penser, qu’en
prenant appui sur les entendements vierges de quelconque opinion arbitrairement moraliste, une large révolution des illusions officielles est possible. Cela ne peut, qui plus est, qu’arriver
relativement rapidement, installant par cela les possibles fondations d’un profond et durable bonheur.
Ce bonheur reconnu sera la
version définitive, pour un temps, du dessein de l’humanité en passe de connaître l’acescence saumâtre de sa conscience.
Mais alors, pourquoi
hésiter ?
Pourquoi se fourvoyer dans
des tentatives d’explicitation de concepts qui de toutes façons feraient mieux de rester approximatif pour demeurer le biais d’un bonheur fragile mais envié et attendu ?
Parce qu’il faut que, d’un
élan commun à tous les hommes conscients, survienne l’aura fabuleuse des gens de peu de foi et de beaucoup de rêve, l’aura attendue, l’aura idolâtrée de la Surhumanité…
Ce que je perçois enfin
comme fondamental à la possibilité d’être du bonheur, après le lourd et aventureux parcours cognitif que décrit ce livre, c’est le difficile équilibre désespérément requis entre les effets,
chacun majestueux dans leur genre, de l’application dans la réalité de la raison et de l’illusion.
C’est en effet, en
suivant une voie où s’expriment conjointement toutes les agitations prodiguées par les nombreuses références faites à la raison reine et à son opposé, l’illusion envahissante, que pourra
s’ébattre au cœur des hommes, qui auront fait ce choix, le bonheur le plus massif.
Ce que cela signifie, en
d’autres termes, c’est que le choix fait arbitrairement de dédier sa vie à l’application d’une morale, issue exclusivement des effets de la raison ou de l’illusion, est voué à un échec relatif
quant à la palpation directe d’un heur des plus opportuns.
Au contraire, et c’est ce
que tend à prouver l’étude officielle des civilisations passées, la participation à égale mesure, dans l’édification d’une éthique de vie, des effets de l’imagination et de la partie
exclusivement raisonnable de l’entendement, conduit à la création d’un accès étendu à la jouissance, relative mais palpable, de la vie et de ses atours. Jolis atours en fait…
La quête de la perception honnête et claire d’un tel état naturel de fait vise à nous faire reconnaître que le bonheur se situe bien souvent sur la médiatrice
qui coupe la droite reliant les extrêmes. En d’autres termes, c’est en choisissant le compromis que l’on peut espérer effleurer le bonheur absolu.
Mais cette réflexion, si
elle est menée à son terme, ne risque-t-elle pas de mettre en péril tout l’échafaudage conceptuel édifié dans cet ouvrage ?
Il est certain que, si l’on
cherche à appliquer posément cette loi à priori immuable, on se voit contraint d’endiguer toutes possibilités d’application rigoureuse d’un système unique quel qu’il soit.
Mais, si vous permettez à
mon esprit joueur de faire irruption dans ce difficile état des lieux avant de commencer à diverger, le fait même d’énoncer la loi du juste milieu, cela n’implique-t-il pas une détérioration
implicite du concept d’application rigoureuse ?
Est-ce que le fait de
requérir à chaque instant l’intervention d’une troisième voie, se situant à égale distance des deux extrêmes, n’est pas de ce fait un extrême ? Et de ce fait ne requiert-il pas l’application
d’un autre système situé à égale distance de ce choix et de son opposé ?
Voilà bien l’ébauche du
paradoxe qui détient dans sa définition la possibilité de faire cohabiter la loi inconditionnelle du juste milieu, ainsi que ce système duquel je vais tenter de vous mettre en présence dans les
pages qui suivent.
Et si je m’avance ainsi
dans le travail de critique dont ce texte est redevable, c’est pour tenter par tous les moyens de lui trouver une faille, et me permettre ainsi de rentrer dans le droit chemin… Etrange
aveu…
Car tout ceci, sous ses
allures de création originale, ne fait que reprendre, pour les mettre à plat et ensuite les présenter à un public averti, les tourments et les peines que bien des hommes ont rencontrés dans leur
construction mentale…