Le doute à l'origine de tout

    Qu’est-ce qui m’arrive ?

   Depuis des mois, des années, je m’efforce de concevoir et d’expliciter simplement et clairement une idée. Cette idée, enfin, j’en effleure maintenant l’essence. Et je faiblis…

 

   Pourquoi ? Parce que j’ai sans aucun doute été aveuglé du danger immédiat d’une telle image, par un entendement un tant soit peu monstrueux, le mien. Un entendement de titan, un entendement de vieux, de pleutre…

   Je n’ai pas vu quel péril menaçait ma cognition. J’étais bien trop fier des possibilités offertes par ma merveilleuse raison, à l’égard des sublimes structures régissant potentiellement les délires chaotiques de cette nature tellement envahissante…

   C’est ainsi que je me retrouve confronté, de face et de visu, au pire piège qui ne s’est jamais présenté à moi. La fuite dans une absconse désespérance, l’image de ma perdition, ma mort… J’en ris encore !

Lundi 24 août 2009 1 24 /08 /2009 17:02

      « Apprends à écrire. Je n’ai jamais lu quelque chose d’aussi mauvais. C’est par amitié pour toi que je n’ai pas voulu t’en parler. Je préfère qu’on oubli ça. » Il rigole, d’un rire sarcastique qui veut tout dire.

   Qu’est-ce que je peux répondre ? Alors je souris moi aussi. Le sourire lâche de celui qui vient de se prendre une claque, un coup de poing, de poignard… La rythmique de la techno résonne en fond sonore. Il y a trop de monde. Ca pue les chiottes. J’ai la nausée…

 

   Je sors sans lui adresser la moindre parole, le moindre regard. Mon regard flotte sur tous ces corps qui convulsent sous l’influence obsédante de la techno. Je les vois. Je les ressens. Mais je n’ai pas le cœur à ça. Je repense à ce qu’il vient de me dire. Cette brutalité. Je ne comprends pas. Il ne l’a même pas lu en entier.

   Je vais être malade. Peut-être la vodka. Ou bien le popper’s. Il faut que je sorte. Ca va passer si je sors tout de suite. Et puis non, je monte. Je gravis, avec le reste de la fierté apparente qui peut transparaître de mon état, les quelques marches encombrées de garçons qui me regardent. Il faut que je les touche pour réussir à avancer. Je me frotte à eux. Je respire leur odeur, mélange de déodorants efficaces et de sueur réfractaire.

   J’arrive à atteindre la rambarde qui surplombe le dance-floor. J’arrive par un savant jeu d’intrusion fortuite à me glisser entre deux de ces idoles phœnix. Je m’accoude à la rambarde. Ils jettent un regard vers mon être pour juger si je suis à leur goût. Je les ignore. Je regarde par au-dessus le dance-floor bondé. Les agités de spasmes excités et excitant ne sont que des garçons.

   Je les observe. Je n’arrive pas à penser à autre chose qu’au conseil de l’autre connard dans les toilettes. Il faut que j’apprenne à écrire. Quel con ! Les danses hypnotiques des éphèbes adorables commence à me faire de l’effet. Je pourrais maintenant choisir le sujet de ma prochaine passion, celui avec qui je passerais la nuit, mais je me sens désespéré.

   Des hauteurs de l’estrade, devant l’immense miroir, aux côtés d’autres qui comme lui aiment se montrer, un garçon me jette un regard ambigu, enfin un regard posé. Je le regarde moi aussi. Il ne doit pas avoir encore 20 ans. Il est brun mat. Son visage est encore naïf. Il est adorable. Encore un. Il recherche quelque chose de précis. Comme une envie de sueur et de derme. Il me regarde encore. Je le fixe. Il est peut-être encore puceau. Je devrais descendre, le rejoindre. Je détourne le regard vers le reste de la piste. Deux jeunes mâles s’embrassent. Je le regarde. Ils se frottent l’un contre l’autre aux rythmes obsédants des accords vaporeux de la ligne house techno rave. Je vais mieux. Je me laisse transporter par le son martelé de cloques sonores. Je ferme les yeux. Mes hanches dessinent des huit dans l’infini. Le jeune garçon a disparu. Il est 4 heures.

 

   Je descends les escaliers. Le rouge des cigarettes, la fumée, les épaules dénudées. Je pourrais bander. Mais j’ai la tête à autre chose.

   En bas j’aperçois Alex. Lui aussi il me voit. Il me propose une cigarette. Je la prends. Il me l’allume. Ma cigarette rougit. Il m’invite à danser. Pourquoi pas ? De toutes façon j’ai déjà commencé. Je le regarde danser. Mes hanches s’agitent. Je me prends la main. Je ferme les yeux, les ouvre, le voit. Je me retourne vers le centre de la piste. Je me frotte contre les autres par nécessité. Je repense à l’autre con. Je doute. Il ne l’a pas lu en entier. Je repense à la brutalité de ses termes. Pourquoi ?

   Je sens des lèvres dans mon cou. Et des bras autour de ma taille. « Par amitié », je le déteste. L’autre, derrière, se fait plus entreprenant. Il embrasse ma nuque. La lèche. L’oreille. La joue. Mes lèvres. Je ne peux plus, je m’écarte, me retourne, lui fait face, le regarde fixement. J’ai arrêté de danser. Lui aussi.

   « Excuse-moi » tente-t-il.

   Je me détourne et quitte le dance-floor. « Arrête de t’excuser… » Je ne le regarde même pas. Je fuis son corps qui ne m’inspire pas. Je ne sais plus ce que je veux. Je bouscule un couple transis d’amour exhibitionniste.  J’avance parmi eux sans même les voir. Je suis désespéré. Je veux sortir, vite. La musique est trop forte. Ce n’est même pas de la musique. Et ces garçons qui respirent fort. Le vestiaire. Je sors.

   Dans la nuit.

Par daphnis - Publié dans : former home
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