Le doute à l'origine de tout

    Qu’est-ce qui m’arrive ?

   Depuis des mois, des années, je m’efforce de concevoir et d’expliciter simplement et clairement une idée. Cette idée, enfin, j’en effleure maintenant l’essence. Et je faiblis…

 

   Pourquoi ? Parce que j’ai sans aucun doute été aveuglé du danger immédiat d’une telle image, par un entendement un tant soit peu monstrueux, le mien. Un entendement de titan, un entendement de vieux, de pleutre…

   Je n’ai pas vu quel péril menaçait ma cognition. J’étais bien trop fier des possibilités offertes par ma merveilleuse raison, à l’égard des sublimes structures régissant potentiellement les délires chaotiques de cette nature tellement envahissante…

   C’est ainsi que je me retrouve confronté, de face et de visu, au pire piège qui ne s’est jamais présenté à moi. La fuite dans une absconse désespérance, l’image de ma perdition, ma mort… J’en ris encore !

Le doute absolu

Lundi 5 janvier 2009

   Je suis en train de mourir. Je m'en suis aperçu alors que tout semblait correspondre dans mon esprit, dans mon corps sain. J'ai eu la révélation de ma propre décrépitude, l'impression prenante que tout mon corps partait en charpies.

   Et c'était vrai, mon corps se décomposait à si lente vitesse que mon impression était floue, mais il était en train de partir par petit bout, de se flétrir, de disparaître comme il était apparu.

   Comment accepter de disparaître, de s'anéantir au bout du compte ?

   J’ai la connaissance de la raison invoquée par le pan majeur de l’humanité, que c'est un phénomène normatif, mais qu'en ai-je à faire des normes quand c'est de ma propre disparition qu'il s'agit. Je ne veux décidément pas mourir. Je ne veux pas disparaître de la vie, de la réalité, du chaos...

 

   J'ai le droit à quelques années d’émancipation pour m'accomplir dans les actes dictés par le chaos au travers de mon entendement. Je n'en veux plus, je veux l'éternité, je veux la vie éternelle, et je l'obtiendrai. J'ai tant de choses à faire...

 

    Au lieu de cela, je m'applique dans chaque seconde à parfaire mon intime disparition. N'y a-t-il pas des raisons d'être désespéré ?

 

    II y a des questions qui ne trouveront de soi-disant réponses que dans les  affres d'une religiosité évanescente, dans les méandres d'une croyance en l'éternel. Mais en suis-je arrivé à croire en... je ne le pense pas...

    Je veux avoir la ferme conviction que tout ce qui nous entoure contient un sens qui est condamné à rester hors de notre porté. La vie s'implique dans des événements dont le sens reste à découvrir. Elle ne semble pas suivre un but supérieur. Si ce n'est peut-être la persévérance de l'Etre dans son être.

   Mais pourquoi ?

Par daphnis
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Lundi 29 décembre 2008

   Etant parvenu à exister en ce temple dédié aux valeurs ultimes de la révolution, je m'apprête à expliquer mes actes, à les justifier pour la postérité.

   Etant accusé d’outrage moral sur la personne d'un enfant, j'aspire à la condamnation à mort pour l’exemple. Car une cité, pour persévérer dans son être, doit être intransigeante avec les personnes de ma caste, ceux qui ont pour ambition de jauger le système officiel.

   J'ai violé consciemment sa conscience, je dois donc être puni par une justice implacable.

   C'est à moi de parler. Je me lève, m'avance et déclame.

 

   « Vous n'avez pas à juger les raisons qui m'ont poussé à agir ainsi, mais vous devez juger de la gravité de mes actes en regard de la communauté que vous défendez.

    Ai-je fauté ? Oui ! A la lumière des lois qui régissent vos vies, j'ai fauté. Mais comprenez bien que j'aie agis consciemment, en connaissance de cause, pour assouvir mon profond désir d’éduquer les consciences morales des jeunes enfants.

 

    Je m'inscris en faux contre l’ensemble de votre système de vie en communauté. Je nie ouvertement être assujetti à toutes vos lois que je refuse en bloc. Je revendique l'appartenance à la loi naturelle du bon droit du plus fort sur le plus faible.

   C'est pourquoi je vous ordonne de me laisser libre ou de me condamner à mort, mais de ne pas me condamner à des peines intermédiaires sur la base de la présence, chez moi, d'un dysfonctionnement mental. Je le redis, j'ai agis en pleine possession de mes moyens intellectuels.

   J'ai agis ainsi afin de dénoncer la prééminence de la morale judéo-chrétienne dans l'élaboration de toutes ces lois. Car tel est le cas deux mille ans après son apparition, encore.

 

    Je sais bien que la morale à l'origine de toutes ces lois est aussi celle édifiée sous la révolution, mais j'estime qu'elle a été trop influencée par l'inévitable morale judéo-chrétienne.

   Le résultat est tel qu'il ne laisse aucune possibilité à tout un chacun pour assouvir ses désirs les plus intimes, ceux qui le torturent jusqu'à le pousser à défier la loi.

   Je peux imaginer une société où l'assouvissement des illusions serait la première des intentions de la communauté, et ceci jusqu'à leurs disparitions définitives. J'aspire à vivre au sein d'une telle communauté, et c'est par l'exemple de mon dépassement des lois en vigueur que je l'entends proposer à mes concitoyens.

   Cette société, dont je fournis l'exemple, serait viable. Elle devrait préciser simplement la valeur normale de l'assouvissement des intentions les plus profondément ancrés.

   Devenus aux normes de la société, ces actes en perdraient de leurs valeurs. II ne s'agirait plus que d'une formalité à accomplir pour que d’enfants ces êtres passent à la stature d’hommes. Et tout serait au mieux...

 

   C'est pourquoi aujourd'hui je suis devant vous pour vous inciter à modifier ces lois d'inspiration judéo-chrétienne, ou bien à me condamner à mort pour m'extraire de ce système que j'entends renier pour le restant de mes jours.

   A vous de choisir, mais je connais déjà votre choix et je comprends que vous hésitiez à remettre en cause la sève de votre vie.

   Dés lors, condamnez-moi, mais acceptez tout de même ma conception de la société comme une éventualité plausible... »

 

   Systématiser, conceptualiser, mais passer à l'acte ?

Par daphnis
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Vendredi 26 décembre 2008

   Je suis en train de mourir. Je m'en suis aperçu alors que tout semblait correspondre dans mon esprit, dans mon corps sain. J'ai eu la révélation de ma propre décrépitude, l'impression prenante que tout mon corps partait en charpies.

   Et c'était vrai, mon corps se décomposait à si lente vitesse que mon impression était floue, mais il était en train de partir par petit bout, de se flétrir, de disparaître comme il était apparu.

   Comment accepter de disparaître, de s'anéantir au bout du compte ?

   J'ai la connaissance de la raison invoquée par le pan majeur de l'humanité, que c'est un phénomène normatif, mais qu'en ai-je à faire des normes quand c'est de ma propre disparition qu'il s'agit. Je ne veux décidément pas mourir. Je ne veux pas disparaître de la vie, de la réalité, du chaos...


   J'ai le droit à quelques années d'émancipation pour m'accomplir dans les actes dictés par le chaos au travers de mon entendement. Je n'en veux plus, je veux l'éternité, je veux la vie éternelle, et je l'obtiendrai. J'ai tant de choses à faire...


    Au lieu de cela, je m'applique dans chaque seconde à parfaire mon intime disparition. N'y a-t-il pas des raisons d'être désespéré ?


    II y a des questions qui ne trouveront de soi-disant réponses que dans les  affres d'une religiosité évanescente, dans les méandres d'une croyance en l'éternel. Mais en suis-je arrivé à croire en... je ne le pense pas...

    Je veux avoir la ferme conviction que tout ce qui nous entoure contient un sens qui est condamné à rester hors de notre porté. La vie s'implique dans des événements dont le sens reste à découvrir. Elle ne semble pas suivre un but supérieur. Si ce n'est peut-être la persévérance de l'Etre dans son être.

   Mais pourquoi ?


Par daphnis
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Dimanche 30 novembre 2008

   Malgré les incessantes affections du soleil sur mon corps, j’essaie toutes les nuits de pénétrer la morale par des attouchements morbides.

   Moi, un animal retrouvé, je veux pouvoir jouir de mon mauvais état.

   Je plonge comme un enfant dans les effluves salés, du plat de ma langue, je lèche, je bois, je baise. Et je me retrouve Surhomme, violé, dans le plus profond des plis de mon épiderme. Je vomis de l’orange par toutes les pores de ma peau.

   Je croyais aimer.

 

   Je suis rentré, effrayé, désespéré mais lucide, un soleil brûlé écartelant ma raison comme un vice d'éphèbe. Tout le bleu qui m'avait fuit s'étant rassemblé au-dessus de ma tête, j'ai hurlé en arrachant mon innocence de fou, hurlé de douleur, hurlé du plaisir orgiaque.

   Apollon enculé par Dionysos !

   J'ai encore un goût salé dans ma bouche.

   Et j'en redemande.

 

   Et puis, J’ai inondé mon univers sensoriel d'un filet de théorème harmonique, et j'ai pleuré à la première modulation, comme un enfant devant le cadavre de sa naïveté.

   Avec tant d'application et de sérieux, j'ai réussi l'anéantissement des valeurs, de la vie, et j'arrive enfin, avec virtuosité, à m'extasier devant le spectacle de la mort par combustion. Soit disant demi-dieu, guerrier sublime, j'apparais pourtant comme un monstrueux mélomane.

   Et pourtant lui n'est même pas allemand.

   Et pourtant je ne suis même pas allemand.

 

   La si soudaine irruption d'une beauté intangible dans un univers de derme suintant m'a conforté dans ma complète incompréhension des mécanismes du bon heur. Finalement je devrais plutôt m'enfuir, tout détruire, tout construire, ne plus bouger, lécher, écouter, me voir.

   Au lieu de cela j'ai pris la très mauvaise habitude de réfléchir avant de vomir.

   Je vais finir par me faire du mal.

 

   Tout recommence encore de la même manière, le jour un titan qui s'étale dans le bleu des autres, la nuit un retour en avant.

   Je devrais avoir honte d'en parler à moi-même et aux autres, mais je ne connais plus la honte, je ne connais plus les autres, je peux seulement imaginer que je monte, marches après marches, m'asseoir aux cotés de Zarathoustra, le prostitué qui s'offre pour le prix d'une lecture attentive à tous ceux qui le réclament.

   Je peux imaginer que la dite vérité est affectée de pulsion guerrière, il faudrait que je tue mon second, celui qui me touche toutes les nuits en criant, en riant.

 

   Ou bien alors il faudrait que je ne tue personne. Ca ne va rien changer du tout, et je vais m'apercevoir que je suis en fait malade, juste malade, biologiquement malade. Et ils vont tous me guérir, et je vais tout comprendre, et je serais un homme juste comme il faut, croyant au moins en la réalité...

   Ils vont tous me conduire dans une chambre bleue. Ils vont tous m'allonger, me soigner, et je ressortirais guéri, et je deviendrais un homme.

   Et je deviendrais un homme normal.

Par daphnis
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Jeudi 13 novembre 2008

   Si près de la dénaturation que j'en ai les larmes aux yeux, je m'approche encore un peu du vide métaphysique qui attend, tapi dans l'ombre, que mon heure soit venue. Je m'en approche et je l'effleure. Je le touche, le soupèse. II n'y a rien de plus atroce à mes yeux que cet enclos qui nous contient.

   Qu'est-ce que cette enveloppe corporelle renferme ? Je doute qu'il s'agisse de quelque chose de probant. Je ne sais que choisir entre la résurrection chrétienne et la réincarnation bouddhiste. Je...

   Par delà les espèces, par delà les genres, subsiste une entité si fragile, celle de ma conscience. Elle est pour un instant dans l'éternité, et il faudrait que je m'en suffise.

   Je me sens immortel mais tellement en phase avec la déconsidération de l'être humain. La vie consciente n'est pas viable, mais la vie consciente est une fatalité pour les derniers humains. Cela va bientôt finir, cela va bientôt disparaître dans la folie de l'autosuggestion.

     

   Je. Je ne sais pas quel avenir se prépare, mais je l'entrevois noir comme l'antre de l'ogre qui me dévore de l'intérieur.

   Aussi perdu, qu'il subvient aux tortures de l'âme, que sont les religions, de rester actives même pendant les jouissances d'une enveloppe corporelle qui part en lambeaux.

 

    L'homme abstrait est l'avenir de l'homme. II suppose l'éviction totale des attaches religieuses ou raisonnables de celui-ci à l'univers qui l'a fait naître. C'est dans la démesure d'un concept abstrait que l'homme puisera la force nécessaire pour se relever et s'avancer vers les nouveaux dieux.

   L'heur le plus opportun possible sera la seule entité qui provoquera encore la révérence des foules. On ne se prosternera plus que devant l'accomplissement heureux d'actes en actions.

   La seule opportunité valable est donc celle qui amènera l'homme à s'abstraire de toutes les contingences de l'Etre. Ainsi libéré, il pourra enfin s'accomplir dans l'acte suprême et supérieur, celui de vivre délibérément conscient de sa position inopportune dans la substance, l'Etre infini, l'univers matériel.

 

   Un jeune adolescent s'approche alors de moi. II ne semble pas avoir plus de quatorze ans. Son visage d'ange et son corps de jeune garçon rayonnent d'une beauté pure et naïve. II est tout prêt de moi, et il me conte son esprit sauvage.

 

   « Dis-moi, toi qui te dit prêt à entrer dans l'aube naissante de la Surhumanité, y aura-t-il de la place pour de jeunes hommes comme moi ? J'envie ta position de précurseur. Tu as tout à y découvrir.

   Mais emmène-moi sur tes traces pour que je puisse moi aussi goutter à l'heur le plus opportun qu'il soit possible d'imaginer. Prends-moi avec toi ! Ne me laisse pas seul de l'autre côté de ta jeune frontière.

   Tu dis en attendre beaucoup. Mais quelle sorte de récompenses penses-tu te voir offrir ? J'aime à penser que tout ceci n'est pas un rêve, que tu te diriges réellement vers ce qu'il y a de plus beau dans l'univers, l'accomplissement d'un songe d'adolescent.

   Alors, ne m’oublie pas ! Permets ma présence à tes côtés, moi qui ai participé à ta construction mentale comme aucun autre ne l'a fait. Non, ne m’oublie pas ! »

 

   Qu'ai-je à répondre à de tels propos tellement encourageants ? Non, je ne t'oublie pas, je t'emmènerai avec plaisir avec moi... D'abord c'est pour toi que je construis pierre après pierre ce concept abstrait du Surhomme.

   II t'est dédié depuis le début. II ne me reste qu'un pas à franchir et je veux que tu sois à mes côtés pour l'effectuer. Toi, jeune éphèbe, tu es l'avenir de mon propos, tu es le futur de mes actes de prétendant Surhomme.

   Qu'il te soit offert chacune de mes découvertes futures ! Dans un écrin du bleu le plus pur, qu'il te soit remis mon absolu, homme à venir !

Par daphnis
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