Je pourrais commencer par
exprimer mon plus profond mépris à l’égard de cette vaine agitation, mais je vais simplement courir au devant de la plus grande paresse en m’avouant vaincu.
Non.
Je ne suis pas de
cela.
Je vais me
reprendre.
Ca ne se passera pas comme
ça.
Il y a très longtemps,
vivaient en harmonie avec l’éther, les prémices d’une possibilité dénudée de conscience, l’avant-garde métaphysique d’une épopée majestueuse. Ils vivaient comme les simples outils du réel qu’ils
étaient.
Et puis un jour, la
conscience s’est formée.
Terrible jour, en fait, que
ce jour là. Il n’y eut pas de remous officiellement, mais le renversement, qui allait mener cet arrangement de forme à mon existence, allait être sordide, sinon monstrueux. La suite qui
s’élèverait encore, parviendrait à briser tout les aprioris dissimulés derrière les traditions, les légendes.
Cette triviale agitation de
molécules, nommé la vie, a de ça de si original qu’elle semble se mouvoir sur un pied d’égalité avec le feu. Voilà qu’elle suit pas à pas les inflexions du chaos géométrique, et qu’elle en
soutient même les infimes modifications.
Alors comment oser se
considérer comme autre chose que la matière en mouvement que nous sommes ?
Il y a quelque chose de
dégoûtant à prendre la forme qui ne nous est pas dû. C’est comme s’il prenait l’envie au feu d’apparaître dénudé et spongieux. Pourquoi accepter de nous fourvoyer dans notre inacceptable
condition de limace perdue au beau milieu d’un tas de lames aiguisées ?
Ce n’est pas raisonnable.
Ce n’est pas humain. Ce n’est pas naturel.
L’entité bleue, qui
apparaît tel un prétendant à la perfection, ne pourra jamais atteindre l’extase de ses sens par le chemin ombragé de l’entraînement de sa conscience à la transcendance. Il ne pourra que lui
arriver des bricoles !
L’entité bleue, cette
entité, transfigurée depuis sa chute dans l’inavouable vérité, parviendra à s’en sortir si elle accepte de se plier au difficile exercice de sa passion coordonnée avec ses instincts
bruts.
Dés lors, il faudra encore
attendre, attendre sa propre libération, attendre l’hypothétique limite de ses accès au merveilleux.
J’ose encore penser que ces
instants ne sont pas si lointains que cela. Il faudra attendre encore un peu, mais la joie de retrouver son équilibre sera si grande qu’adviendra de sa raison un tumultueux mélange
corrosif.
Pourquoi encore renier ses accès au summum de l’art du guerrier d’une conscience peu à peu révélée à elle-même ?
Je me suis déjà réveillé
avec l’angoisse de n’être plus rien. Si cette angoisse persistait, je ne serais pas certain d’éviter le soulagement évident de ma raison à l’appel de ma conscience. La folie s’emparerait de ma
vie, et la soupèserait jusqu’à lui faire cracher la vérité de son essence improbable.
Mais toutes les fois que
j’ai repris conscience, jusqu’à maintenant, l’angoisse métaphysique impérieuse s’est effacée sensiblement pour disparaître, jusqu’à sa prochaine occurrence, de mes pensées
subjectives.
Qu’est-ce que cela veut
dire ?
J’ai la ferme intention de
le découvrir avant que ce petit stratagème ne m’importune encore une fois.
Si bien que me voilà rendu
à l’extrémité du développement mouvant du chaos en moi, et je ne sais toujours pas pourquoi je suis conscient de ce phénomène.
L’absurde légende raconte,
à qui est prêt à écouter, que le cycle total finira lorsque la deuxième phase, la phase de régression, qui découle de celle d’expansion actuelle, s’achèvera. Dés lors que la matière se sera
combinée à nouveau, le temps s’arrêtera de couler, et l’univers disparaîtra.
Dés lors, il n’y a plus
d’époque, le néant est instauré de retour, et l’énergie emmagasinée n’est plus qu’un illusoire concept appartenant au rien qui subsiste…
Quel jeu joue la nature sur
ce tableau ? Elle qui s’amuse à entretenir de la persévérance à outrance ?
Encore un peu de temps pour
se poser la question.
Mais le définitif
anéantissement général arrivera.
A qui sait
l’attendre.
Pourvu qu’il n’entraîne
personne à la désespérance absolue. Car il n’est pas encore l’heure de désespérer. Mais plutôt celle de vivre.
Vivre…