Le doute à l'origine de tout

    Qu’est-ce qui m’arrive ?

   Depuis des mois, des années, je m’efforce de concevoir et d’expliciter simplement et clairement une idée. Cette idée, enfin, j’en effleure maintenant l’essence. Et je faiblis…

 

   Pourquoi ? Parce que j’ai sans aucun doute été aveuglé du danger immédiat d’une telle image, par un entendement un tant soit peu monstrueux, le mien. Un entendement de titan, un entendement de vieux, de pleutre…

   Je n’ai pas vu quel péril menaçait ma cognition. J’étais bien trop fier des possibilités offertes par ma merveilleuse raison, à l’égard des sublimes structures régissant potentiellement les délires chaotiques de cette nature tellement envahissante…

   C’est ainsi que je me retrouve confronté, de face et de visu, au pire piège qui ne s’est jamais présenté à moi. La fuite dans une absconse désespérance, l’image de ma perdition, ma mort… J’en ris encore !

Politique et morale

Samedi 10 janvier 2009

   C’est ainsi que je suis assailli du plus terrible des doutes. Et ma raison est à deux doigts de vaciller, et de tomber du côté du moindre effet.

   Mais je dois, il faut que je réussisse à raison garder, et affronter du mieux que je peux la si triste réalité.

   Car de là, en toute honnêteté, je pourrai affirmer au moins une fois dans ma vie ma puissance recouvrée, dans de si catégoriques circonstances.

 

   Voilà pourquoi, en ce jour donné, je vous écris avec toute l’éloquence grotesque que je défends à corps et à cri, dans le but de vous amener à faire acte de la plus simple euthanasie sur mon être.

   Et, pour palier aux tourments que le doute fait surgir en moi, je vous demande de bien vouloir permettre à une autre personne de vivre en lui donnant mes organes les plus vitaux.

   De plus, du fait que je désire ne jamais avoir conscience de la suite donnée à cet événement, je vous demande de bien vouloir réduire en cendre le siège de cette conscience qui m’a fait tant souffrir, de bien vouloir réduire en cendre mon cerveau et qu’il ne serve jamais d’objet d’étude, ses connexions internes ayant prouvé suffisamment leurs derniers désagréments définitifs.

 

   Je vous prie de bien vouloir prendre cette supplique avec tout l’indiscutable  sérieux qu’elle mérite, et de faire ce que votre conscience vous incite à faire.

   Je sais que le choix n’est pas facile, ou bien refuser en bloc et laisser perdre des organes qui auraient pu sauver une autre vie, et que le suicide certain va rendre impropre à quelque greffe que ce soit.

   Ou bien accepter la mort programmé d’un homme valide en évinçant de sa conscience toute tentative de sauvetage métaphysique.

   Je comprends que cela puisse révéler un paradoxe existentiel à votre entendement, et je m’appuie dorénavant sur votre jugement quant à prédire l’avenir de mon corps et de ses attributs.

 

   Je vous laisse, dès lors, en discussion avec les effets grouillants de votre conscience... »

 

 

 

   Mais si je me trompais !

 

   Si la quête effective d’un profond bonheur pouvait remplacer toute tentative d’expliciter l’utilité de l’Etre. J’aurais alors commis une faute de logique, simplement…

   Le système EDC, permettant l’acceptation de la révélation de la position inopportune de l’homme dans l’Etre, aboutit nécessairement sur la reconnaissance de l’absence d’indices portant à prouver que l’Etre est utile ou inutile.

   Et puisque la vie n’a d’autres desseins que de persévérer dans son être, pourquoi aller à l’encontre de ses prérogatives à l’égard des hommes ? Pourquoi vouloir à tout prix se dénaturer et combattre point par point les effets de cette nature qui nous a édifiés au cours de l’évolution historique ?

 

    Alors la solution d’une vie honnête, quant aux résultats du concours de la science à la connaissance de l’Etre, résiderait dans une approche utilitaire de la recherche du bonheur, seule quête honnêtement justifiable.

   Le Surhomme, bien entendu areligieux, un homme absolument conscient de l’Etre et de ses modifications, serait le dessein nouvellement reconnu de l’homme sensible au paradoxe de la vie, à savoir son utilité à persévérer dans son utilité.

 

   Ainsi la vie tente encore une fois de rectifier son erreur. Elle tâche d’instaurer, la persévérance dans son être malgré l’exacerbation de la conscience, la vie malgré la reconnaissance de l’anéantissement inéluctable.

   Et si elle y parvient, c’est tout au bénéfice de la vie humaine qui est en jeu.

 

   Il est impossible d’ignorer l’absence d’ambition réelle qui, chez l’élan vital, transparaît au travers de toute dynamique mise en œuvre pour sa persévérance.

   Alors pourquoi faut-il pourtant tenter encore une fois de chasser de notre conscience ce vide de sens qui s’accomplit en chacun de nous ?

 

   Pour vivre, assurément !

   Pour vivre de la plus heureuse des façons…

Par daphnis
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Vendredi 9 janvier 2009

   Finalement, ça peut être le propre de l’homme de choisir le moment de sa mort. Et même, cela devrait être toujours le cas, car c’est le seul aspect de la vie qui donne l’impression de pouvoir être entièrement contrôlé.

   La mort programmée est l’unique moment de la vie où il semble que l’on peut gruger la nature sur son propre terrain.

   C’est une satisfaction pour l’homme de se sentir pour une fois supérieur à cette nature, tellement entreprenante dans d’autres temps pour instaurer la tyrannie qu’excite la persévérance dans son être.

   Enfin, cet homme se permet de défier celle qui est à l’origine de sa propre possibilité d’être !

   Du combat engagé envers la substance naturelle, à la naissance de la conscience de son être, l’homme permet par son geste suicidaire de laisser une impression de liberté, en regard de toutes les contingences naturelles, aux générations à venir, après son anéantissement.

   C’est le geste le plus absolu, parce que le seul véritablement de consonance libertaire, qui s’adresse, dernier sursaut d’absurdité, à ceux qui restent mais qui ne seront plus jamais en contact avec son auteur.

   C’est le geste de pure beauté esthétique, en cela qu’il incite le commun des mortels à s’impliquer dorénavant plus honnêtement dans la production de son propre bonheur pour l’instant présent.

 

   Car si on accepte cet état de fait, on se rend vite compte de la nécessité de produire matière à son propre bonheur à chaque instant de sa courte vie, pour pouvoir prétendre à la justification finale de son existence.

   C’est la seule condition valable qui peut amener l’homme à survivre. Toute forme de justification autre, telle que la religion, se révèle être des exemples de malhonnêteté intellectuelle et de fausses convictions prétendument productrices de bienfaits pour une vie à venir mais qui ne viendra dorénavant et clairement jamais.

   La religion entend réprouver la révolte métaphysique qui fomente en chacun des hommes conscients, pour permettre aux plus adroits d’installer leurs propres bonheurs dans cet unique monde. En cela la religion est haïssable.

 

   Et si la religion est haïe de tous, quel modèle d’explicitation de l’Etre va pouvoir la remplacer au chevet de la désespérance humaine ? Car il en faut un, au risque de voir retomber l’espèce humaine dans les obscurs chemins de la superstition.

   L’homme possède un besoin intime de combler l’absence d’explication plausible concernant son existence, par une armada de faits issus de l’imagination, et qui se développent hors de l’emprise de la raison. D’où la constance des religions et autres croyances en un au-delà.

   Le seul système plausible et honnête serait un système qui amènerait l’homme à concevoir la vulgarité de son existence en regard de l’étonnante variété d’entités mise à l’épreuve de la pluralité des faits du chaos.

   Il permettrait à l’entendement humain de recentrer son activité sur l’essence même de la justification de la vie, la persévérance dans son être au travers des nombreux instants de bonheur. Un tel système porterait l’homme à cultiver la prééminence de son propre bonheur sur autre chose.

 

   Et si cet homme rencontre de front l’incapacité à développer son propre bonheur, il devra avoir suffisamment de fierté pour tenter de prendre le contrôle de la situation, en en destituant l’inaliénable nature, et prouver par-là même l’exceptionnel du phénomène humain qui peut arriver à provoquer sa dénaturation.

   Ainsi extrait de la nature naturante, l’homme suicidé parviendra à la finalité de sa condition d’homme, à savoir prendre le contrôle sur la nature.

   Il rentrera dés lors, pour un instant, dans la caste des Surhommes, hommes absolument et honnêtement conscients.

 

   Voilà que se dévoile l’issu de mon raisonnement.

   Je suis, à ce jour, prétendant à la Surhumanité, contraint de reconnaître mon inaptitude au bonheur, et obligé pour signer ma requête de Surhumanisation de programmer mon propre anéantissement.

   Je reconnais qu’il s’agit d’un acte désespéré de reconquête, un instant donné, de la possibilité d’entrevoir le bonheur de devenir Surhomme, le plus haut degré de l’évolution.

   Mais tel est le cas où, ayant atteint un certain niveau de conscience, je me retrouve contraint d’appliquer mon ignoble théorie du Surhomme jusqu’à l’imminente éradication de cette conscience qui m’a fait tant espérer.

   Je ne peux plus reculer, je ne veux plus, maintenant que tout s’illumine à mes yeux, je ne peux que m’en réjouir et aller d’un pas fier et ironique vers ma désespérante disparition.

 

   Issue d’une conscience exacerbée, la dynamique qui me mène pas à pas vers le néant est logique et valide jusqu’à l’écœurement. Elle se sait misérable, mais d’un misérabilisme qui frôle la perfection.

   Elle amène l’homme qui la supporte à douter de la validité de sa démarche, car la nature, dans un ultime état de sa persévérance dans son être, ne peut accepter qu’une entité aussi infime soit-elle puisse désirer du plus profond de ses entrailles disparaître.

   Elle utilise alors l’un des moyens mis à sa disposition pour retarder indéfiniment l’instant où la soi-disant folie s’emparera du plus humble des éléments vivants, et l’amènera à contredire autant de certitudes vitales.

   La nature exploite le doute pour faire capituler l’homme qui se prend à rêver de la libération absolue de sa conscience méritante. Ainsi, le doute surgit au détour d’un postulat approximatif, et divise l’entendement humain pour que la raison naturelle puisse vaincre.

Par daphnis
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Jeudi 8 janvier 2009

   Ai-je tout dit quand j’ai dit cela ? Ai-je participé à l’édification de cette cité bleue lorsque je m’avance à entretenir des croyances nouvelles par leur contenu, mais bien ancienne par leur contenant ?

   Suis-je suffisamment humain pour prétendre m’élever dans les distinctions divines et m’accomplir dans la Surhumanité ? Ou bien n’est-ce que le délire prodigué par mon imagination hors de l’emprise de ma raison, et qui tend à prouver que la vie a un sens ?

 

   Je me retrouve ainsi, dubitatif quant au réel, et confiant en un certain avenir qui pourrait bien produire un grand changement pour les hommes dans la façon d’envisager la vie.

   Il m’arrive d’être émerveillé par les possibilités de la production humaine, mais de plus en plus souvent j’appréhende les effets pervers de cette production.

   L’homme, semble-t-il, n’a de cesse d’opposer au sublime, la bassesse de ses instincts ancestraux. Il ne peut s’empêcher de déballer la masse des bénéfices engrangés par l’expression de ses instincts d’animal. Comme si la chaîne qui le rattachait à la nature ne pouvait être brisée !

   Pourtant l’homme veut, plus que tout, se dénaturer, rompre avec cette nature qui l’induit en ce qu’il pense être l’erreur conséquente au manque d’ambition absolue, à la carence de regards lancés vers le haut.

 

   A partir de l’instant où un homme entre en dissidence en ce qui concerne sa dépendance à l’être naturel, celui-ci décuple le particularisme de sa définition d’homme. Il exalte ainsi son humanité.

   Il est humain, pour l’homme, de vouloir arrêter l’engagement de la nature au cœur de ses actions. En cela, l’expression de cette révolte intrinsèque est légitime.

   Par contre, c’est la nature qui s’exprime à travers l’homme qui veut diaboliser les effets de cette révolte.

   En légiférant pour instruire des faits du chaos de manière chaotique, l’homme, à travers qui la nature désire reprendre ses droits, oubli malheureusement d’encenser ce qui fait de l’homme une exception, à savoir la conscience de sa liberté face à l’élément naturel.

 

 

 

   La découverte de la théorie du chaos a engendré un certain nombre d’effets néfastes à la survie de l’espèce humaine.

   D’abord, en aboutissant à la démonstration de l’existence du chaos derrière certaines évidences mathématiques, l’entendement humain a dorénavant rapproché la raison de l’apparente déraison.

   Ensuite, en amenant à l’esprit l’évidence de l’imprévisibilité précise du chaos, le découvreur de cet état de fait a plongé l’humanité dans un flou prévisionnel dont les chercheurs fondamentaux avaient toujours craint l’existence.

   Enfin, en apportant la preuve de la nature chaotique de l’Etre, la théorie du chaos a entrepris un bouleversement majestueux de l’approche qu’avaient les hommes de la substance totale. Elle a transformé l’impression souhaitable d’avoir la sensation d’un sens régissant par dessus tout l’Etre, en une inéluctable reddition aux préceptes de la déraison.

 

   L’accumulation de ces effets a provoqué, chez ceux qui en étaient conscient, un changement radical de l’opinion qu’il avait de l’Etre et de ses affects. Toutes les religions se sont retrouvées privées de la validité de l’axiome fondamental sur lequel elles reposaient toutes, à savoir l’existence d’un sens à la vie.

   Le mode de fonctionnement de la persévérance dans son être de la nature, le mode du chaos, a provoqué l’altération des croyances vitales de l’être humain.

   En réaction à cet état de fait, le vide ainsi créé peut malgré tout être comblé par l’enseignement d’un système explicitant la nature triviale et évolutive de l’homme, et l’incitant à promouvoir son propre bonheur avant tout.

   Ce système Entité-Dynamiques-Cycle, à force de réflexions menées sur le paradoxal être des hommes, à force d’abnégation, fondamentale à la survie de l’espèce, peut parvenir à nous inciter à concevoir clairement que ce sur quoi nous avons construit nos propres valeurs est anéanti par l’expérience de la suffisance des attraits de l’EDC pour vivre parfaitement heureux.

 

   Et même si ce nouveau système, qui s’appuie sur l’avancée scientifique entreprise depuis la découverte de l’existence universelle du chaos, apporte un cadre valide au bonheur humain, il est si difficile d’accepter de vivre au milieu du chaos qu’il est préférable d’avancer le moment de son propre anéantissement.

   Il est en effet agréable de connaître l’illusoire impression d’avoir l’entier contrôle sur au moins une facette de sa propre vie, à savoir sa mort, et de ne laisser aucun effets du chaos prendre la relève sur l’événement qui arrivera et ôtera la vie à ce ramassis de matière qu’est le corps humain.

   Ce plaisir illusoire est à portée de la main de tous les hommes, ils n’ont qu’à choisir le moment de mourir, au lieu de s’accrocher désespérément à la vie comme à une forme d’accomplissement pour une vie future.

   Vie future qui s’est depuis peu révélé être un fantasme proprement et foncièrement humain.

Par daphnis
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Mercredi 7 janvier 2009

   Dés l’instant où j’ai eu conscience d’un tel état de fait, mon instinct de conservation a réagis.

   Il est évident que nous ne pouvons pas vouloir délibérément mourir sans que la force vitale qui nous a amenés jusqu’alors à survivre ne se sente menacée, et veuille réagir en déployant l’arme la plus puissante qu’elle ait à sa disposition, les illusions, au travers des effets de l’imagination.

   Alors mon imagination a bien fonctionné, j’ai édifié pierre après pierre les murs de la forteresse qui me permettrait de me protéger des aléas du chaos, incarné dans ces organes que j’ai plaisir à donner alors que ma vie est encore active.

   J’ai construit un système permettant de justifier la survie de toute l’espèce. J’ai inventé un moyen d’expliquer la nécessité pour l’homme de juguler sa révolte métaphysique en se plongeant entièrement dans les bienfaits prodigués par la vie.

 

   Mais c’est encore une illusion issue du chaos qui s’exprime à travers mes actes. La vie ne peut pas justifier honnêtement son annulation.

   C’est grâce au support des illusions que la vie parvient à persévérer dans son être. La vie absolument, et honnêtement consciente n’aboutit que sur l’éradication de celui des êtres qui porte en lui le germe de cette vérité de l’Etre, dégoûtante vérité en fait.

   Et cela s’explique par le fait que l’élan qui nous anime tous n’a que faire du doute s’accomplissant avec l’avènement de la conscience absolu, il désire simplement s’affirmer dans la continuation de son élan.

 

   A partir de là, quelles conclusions tirer de cet amas de probabilité ?

   Probabilité, parce que j’ai toujours un doute, si infime soit-il, sur la véracité de mes postulats.

   La première, j’ai sans doute été trop loin, beaucoup trop loin dans mes investigations sur la nature de l’Etre, aveuglé probablement par la fierté de mon entendement à l’égard de ses possibilités.

   J’aurais du me méfier, et préférer la vie médiocre des gens heureux à la vie surprenante des curieux de tout, mais lourd de déceptions inéluctables.

   La seconde conclusion est d’énoncer l’impossibilité de retourner en arrière, de se réintroduire dans la vie normale des gens de peu d’intérêt et de beaucoup de foi.

   Je suis condamné à regarder vers le haut et à rechercher l’ultime soulagement de découvrir une justification plausible, même valide, de l’Etre et de ses affects.

 

   Or, j’ai beau me forcer à édifier de nouveaux concepts, tous plus habiles et plus compliqués, aptes à parvenir à la justification d’un système qui me dépasse, je ne peux pas trouver de clé pour l’interprétation d’un tel système.

   Alors peut-être que l’entendement dont je suis muni n’est pas assez évolué pour arriver à décrire l’unique loi qui contient en son sein les raisons nécessaires au fait que l’Etre soit, mais dans ce cas je préfère baisser les bras et disparaître plutôt que vivre avec le souvenir de ma définitive incapacité à expliquer l’accomplissement que représente la vie dans l’Etre.

 

   Je suis sans doute trop fier pour accepter mon erreur, et continuer à vivre dans la plus parfaite des inconsciences qu’il soit possible d’espérer pour vivre heureux. Mais si je suis devenu ce que je suis, c’est par l’entremise d’un certain état du chaos qui m’a produit et qui n’aurait pu produire autre chose.

   Je suis donc, et de façon inextricable, le fruit de tout ce qui m’a précédé, et j’ai peine à croire que je sois le seul être pour qui la conscience absolue soit le but ultime à atteindre pour toucher de l’entendement le bonheur d’être là.

 

   J’ose penser qu’un jour prochain d’autres formes de révoltes seront fomentées par d’autres être, qui sauront les mener à leurs termes pour en récolter toute la teneur en heur le plus opportun.

   Cela ne peut qu’arriver dans un délai relativement court, et cet instant béni des dieux, où l’homme en majorité connaîtra les affres de la conscience absolue, sera pour l’humanité l’aube d’un bouleversement tel que sa propre définition disparaîtra pour laisser place à celle, glorieuse et aimable au possible, celle tant attendue de la Surhumanité.

 

   Je me risque à espérer que ces temps sublime sont à nos portes, et que l’homme, dans un dernier sursaut de fierté, va entreprendre rapidement sa lente et définitive Surhumanisation.

   Car s’il persévère à aggraver la pente qui le mène à sa perte, il n’y a plus rien, plus aucune cause, qui pourrait rattacher encore l’homme conscient à la trivialité de la vie.

 

   Le jeu que l’être humain organise autour de sa vie, le ludisme qu’il exprime à travers l’ensemble de ses actions et de ses pensées, semble peu à peu compromis face à la néantisation des êtres et des affects.

   En effet, il est si difficile de regarder à la fois honnêtement et avec ironie la vérité de la position de l’homme dans l’Etre.

   Ou alors, voilà le fait d’un Surhomme majestueux et détaché de la désespérance engrené dans la reconnaissance, la clairvoyance, de l’état de l’entité homme.

   Mais il est trop tôt pour voir se manifester une telle organisation de chairs, un tel être. Il faudra attendre encore un peu.

 

   Malgré cela, je suis encore là pour écrire cette supplique.

   Il y a donc chez moi quelque chose du Surhomme. Ou bien est-ce la preuve de l’expressivité abondante de mon âme de débile léger ?

   J’aime à penser que je suis à l’extrémité la plus en vue d’une possibilité de l’évolution humaine, je suis en quelque sorte l’éclaireur qui ouvre une nouvelle voie par où vont pouvoir passer tous ceux qui ont pour habitude d’explorer l’inconnu en souriant.

   Je me faufile en dedans de la cité sublime, dont la porte s’est entrouverte pour laisser s’échapper le fumé goûteux des plaisirs promis par une telle conquête, et qui n’attend plus que l’aube pour se voir pénétrer de toutes parts par des hordes d’hommes en passe de se Surhumaniser.

Par daphnis
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Mardi 6 janvier 2009

   Il y a trop longtemps que j’essaie de saisir ce qu’est la vie, en tant qu’être humain, à mon niveau de conscience. J’ai peur de comprendre.

   L’infini qui nous entoure de toutes parts, l’infiniment grand, l’infiniment petit, et moi, au centre, un homme conscient de lui-même et de l’Etre, chaque chose qui semble contrarier ma quête d’absolu m’est définitivement insupportable.

   Il ne semble rien avoir sur quoi asseoir les fondements d’une raison exacerbée par la présentation des possibilités que son être suppose.

 

   C’est pourquoi à présent j’écris ce que mains entendements ont eu la possibilité de faire, quand de toute leur puissance ils ont intégré la terrible et sublime révélation, vecteur d’une absolue liberté et d’une désespérance absolue.

   Cette intime reconnaissance, l’inopportunité de la position de l’homme dans l’Etre, sera semble-t-il l’ultime révélation offerte à l’humanité par un genre de conscience destructrice et finalement révocable.

  

   Ainsi, en ce jour bénit des quelques dieux qui subsistent, j’écris cette lettre à un adepte de l’altruisme gratuit, à un professeur émérite dispensant ses talents pour la continuation de la vie, à un transplanteur d’organes, à mon bourreau…

 

 

   « Monsieur,

 

   Cette lettre va vous paraître bien étrange, elle n’est curieusement que le fruit de mon évolution personnelle.

 

   J’ai décidé d’offrir mon corps à la science, mes organes au prélèvement, tous mes organes exceptés mon cerveau que je désire pouvoir imaginer réduit en cendre.

   Jusque là vous ne pressentez pas ce qu’a de particulier ma requête. Mais si je vous dis que j’entends mettre à disposition de la science mon corps dans l’instant immédiat, vous en saisissez toute l’originalité. (C’est, curieusement, la seule idée qui m’est apparu concrètement, afin de provoquer en vous, avec ce qu’il faut d’adresse pour que ça en devienne intéressant, les relents du doute absolu…)

  

   Je ne suis pas fou, bien au contraire, j’estime avoir atteint un certain niveau de conscience à partir duquel il m’a été possible d’effleurer l’idée de la position inopportune de l’homme dans l’Etre.

   Car j’en suis dorénavant convaincu, l’homme n’est que le produit du chaos qui le contient, et n’a d’autres desseins que de persévérer dans son être. Il n’y a rien de plus haut, de plus absolu, que cet état de fait.

 

   Le sentiment intime qui découle de cette singulière découverte est la désespérance la plus profonde. Je suis profondément désespéré. Et si j’ai décidé de mettre fin à ces éternelles journées d’introspection, c’est parce que la vie, avec toujours à l’esprit cet infâme sentiment, m’est apparue évidemment comme insupportable.

   La seule parade à cette désespérance est l’amour. Cette affection de l’esprit, donc de la matière, est la seule chose qui puisse sauver un être honnêtement conscient de l’Etre des tourments impliqués dans cette révélation.

   L’amour provoque l’oubli du vide métaphysique dans lequel l’individu est plongé. Il conduit l’homme vers un état de son être, ou il se retrouve occupé à de basses besognes salvatrices, productrices de bienfaits palpables.

   Mais l’amour, ce sentiment hissé au pinacle des vertus humaines, n’est finalement que la traduction, imaginée par l’homme, de l’instinct de survie exprimé dans l’attirance mutuelle de deux individus du sexe opposé, appelé ainsi à se reproduire et à provoquer la continuation de l’espèce.

   Ce n’est que l’expression de la nature désirant plus que tout persévérer dans son être.

   Difficile après une telle considération d’être enclin volontairement à découvrir l’être aimé.

 

   Singulièrement, j’ai voué ma courte vie à découvrir des vérités derrière les voiles levés par les illusions. Je me suis sérieusement attaché à anéantir ces illusions.

   Et ceci, pour découvrir, derrière la barrière protectrice offerte par ces produits de l’imagination, un vide de sens monstrueux, un vide d’absolu, contraignant l’être qui s’y aventure à retourner sur ses pas, et retirer le rideau de ces illusions, ou bien à disparaître aspiré par ce vide.

   Je suis trop fier pour accepter mon erreur et me replonger à corps perdu dans l’illusion. Je préfère garder la tête au-dessus de ces effets de l’entendement hors de l’emprise de la raison, et me résigner à la vérité de l’Etre sorti du néant. Je préfère m’accomplir dans mon propre anéantissement.

 

   Etant en possession de telles vérités, qu’est-ce qui m’incite, me direz-vous, à vouloir léguer mon écorce charnelle à ce futur qui n’entre pas en considération dans l’absence évidente de possibilité d’existence d’autre chose que moi après ma mort ?

   Et bien, c’est le doute. Car après avoir ôté toute trace de délires imaginatifs de mon raisonnement, les effets de ma raison se retrouvent encore confrontés au doute absolu.

   Suis-je suffisamment fou pour arriver par un raisonnement, que je prétends infaillible, à cet extrême, provoquer intentionnellement ma propre disparition de l’Etre et de ses affects ?

   J’ose considérer encore ne l’être point, mais dans le doute autant que ma mort serve la vie de quelqu’un de plus méritant que moi, quelqu’un dont la vie soit la chose la plus belle dont il ait été le récipiendaire, quelqu’un, enfin, qui veut vivre au-delà de ce que le chaos lui a réservé.

   Ma requête n’est pas celle d’un fou, mais au contraire celle d’un être que la clairvoyance a blessé dans le plus profond de ses chairs.

 

   Car je suis arrivé, au bout de mon périple, à cette intenable vérité, à savoir que la vie absolument consciente n’est pas viable. Et du fait de sa non-viabilité, je me vois contraint, au risque d’attaquer de front le paradoxe de ma vie, d’aller d’un pas fier vers ma propre destruction.

   La conscience, que j’avais considérée comme l’exemple même de la particularité humaine, m’est soudainement apparue tel un gigantesque usurpateur d’élan vital.

   Je pense d’ailleurs que, comme la vie s’applique à persévérer dans son être, elle va certainement arrêter ses expériences de conscience absolue sur les hommes, et se rabattre vers les exploits connus d’un accomplissement dans son devenir de la vie inconsciente.

   Dés lors que tous ceux qui auront palpé cette conscience maudite auront disparu, l’entendement humain sera contraint d’extruder sa puissance de vie sur d’autres chemins, d’autres affects, la conscience de soi malgré l’inconscience de l’Etre…

 

   Je me retrouve donc à l’extrémité d’un des développements de la vie, développement jugé non apte à soutenir sa dynamique ascensionnelle, développement condamné à subir la fermeture du passage ouvert par ses soins pour d’autres voies plus praticables.

   L’évolution de ma conscience s’affirme petit à petit comme un raté de l’évolution naturelle. Je suis à l’extrémité d’un chemin qui va s’arrêter à jamais, et les foules, entreprenantes de vie, vont s’élancer à la conquête d’autres possibilités de développement de l’arbre généalogique de l’espèce humaine.

Par daphnis
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